Russie: le journaliste inculpé de trafic de drogue blanchi en vingt-quatre heures

Le journaliste Ivan Golounov (ici à son audience du 8 juin, dans un tribunal de Moscou) a été disculpé mardi des accusations de trafic de drogue qui pesaient contre lui. TATYANA MAKEYEVA/REUTERS

VIDÉO - Cette décision très inhabituelle fait suite à une mobilisation des médias et de la société russes qui ont vécu l’arrestation d’Ivan Golounov pour trafic de drogue comme un électrochoc. Deux policiers devraient être démis de leurs fonctions.

Les services de sécurité russes qui avaient arrêté jeudi, le journaliste d’investigation Ivan Golounov pour trafic de drogue, ont brusquement annoncé mardi qu’ils mettaient fin à leur enquête. Cette décision tout à fait inhabituelle du ministère de l’Intérieur intervient à la veille d’une manifestation de soutien au reporter et d’une forte mobilisation de la profession qui a vécu cet épisode comme un électrochoc.

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«Aujourd’hui, Ivan Golounov sera libéré de son assignation à domicile, et l’acte d’accusation est levé», a déclaré le ministre Vladimir Kolokoltsev, ajoutant qu’il avait saisi le Comité d’enquête afin de lancer une procédure contre les policiers à l’auteur de cette arrestation. D’ores et déjà, le chef de la police de l’arrondissement occidental de Moscou et le responsable local de la lutte antidrogue, s’attendent à être démis de leurs fonctions. «Tout ceci s’est passé grâce à l’effort de milliers de gens», s’est félicité pour sa part Galina Timtchenko, directrice du média Meduza, basé hors de Russie à Riga (Lettonie) et dans lequel travaille le journaliste.

Depuis vingt-quatre heures, la pression de la société civile montait à l’encontre des policiers, soupçonnés d’avoir eux-mêmes déposé des sachets de drogue dans l’appartement du journaliste, dans le but d’intimider la profession et de faire taire ce professionnel de 36 ans. Vladimir Poutine lui-même, dont la popularité est en chute, risquait d’être éclaboussé par cette affaire. «Il s’agit soit d’une bavure, soit d’une provocation» a commenté Valentina Matvienko, présidente du Sénat et troisième personnage de l’État russe.

Le précédent Titiev

Ivan Golounov avait notamment enquêté sur le business du marché des pompes funèbres qui, selon l’un de ses articles, publié en août 2018, associerait le monde criminel russe, les services de sécurité et la mairie de Moscou. Dans une vidéo dévoilée mardi, le militant anticorruption Alexeï Navalny, a également pointé du doigt les nombreux liens d’affaires existant entre un chef du FSB soupçonné d’être lié à une société de pompes funèbres dominante sur le marché, sa famille et le maire de Moscou Sergueï Sobyanine.

Pour la première fois dans l’histoire de la presse russe, trois journaux du pays avaient barré leur une, lundi, en hommage au journaliste. SHAMIL ZHUMATOV/REUTERS

Cette même municipalité a demandé dans la foulée le report au 16 juin, de la manifestation en soutien à Ivan Golounov, initialement prévue mercredi. Pour la première fois dans l’histoire de la presse russe, trois journaux du pays, dont le quotidien Kommersant, dirigé par un oligarque proche du Kremlin, avaient barré leur une, lundi, en hommage au journaliste. «Les services spéciaux et la police nous ont déclaré la guerre… nous allons répondre», avait également averti le trihebdomadaire d’opposition Novaïa Gazeta, réputé pour ses solides enquêtes dévoilant des affaires de corruption associant groupes criminels, hauts fonctionnaires et services de sécurité.

L’affaire Golounov rappelle celle du militant tchétchène des droits de l’homme, Oleg Titiev, récemment condamné à quatre ans de prison pour possession de drogue, et dont la libération a été également annoncée lundi. La décision de libérer le journaliste «montre l’existence d’un dialogue entre le pouvoir, la société et les militants des droits de l’homme», a déclaré pour sa part la responsable russe des droits de l’homme, Tatiana Moskalkova. Le journaliste, en larmes, a remercié ses soutiens mardi à la sortie des locaux de la police où il s’est vu notifier l’abandon des poursuites de trafic de drogue le visant. «Un énorme merci pour votre soutien», a déclaré le reporter de 36 ans, manifestement très ému, aux dizaines de journalistes et soutiens qui l’ont accueilli par des applaudissement et en scandant «Vania» (diminutif d’Ivan). «Je vais continuer à travailler, à mener des investigations», a-t-il assuré.

Источник: Le Figaro
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